J’ai reçu dernièrement par mail la copie du courrier qu’un citoyen français a adressé à notre Président de la République. Les réactions pourront être diverses en lisant ses écrits, mais je trouve qu’il n’a pas tout à fait tort ! Notre génération a eu une éducation qu’elle soit scolaire ou parentale, basée sur le respect, la valeur des choses et les efforts, le travail voire les sacrifices parfois nécessaires pour les obtenir. Nous avons appris à connaître nos droits et à agir avec droiture dans le respect des règles qui nous ont été inculquées. Certaines choses et certains comportements m’échappent et par moment je me demande s’il y a une droiture dans les droits de chacun et les autorisations que d’autres s’octroient tout en proclamant « Respect ! » Mais de, pour et envers qui et quoi ?!
Monsieur le Président de La République,
Permettez-moi de vous exposer, par ces quelques mots jetés sur le papier, mon sentiment de
profonde injustice ressentie à la suite des évènements qui ont embrasé, en ce mois de
novembre 2005, les banlieues de cette République que vous présidez.
J’ai vu, de visu ou à travers l’écran de ma télévision, des cohortes à l’allure étrangère,
incendier des voitures et des lieux de savoir ou de culte.
J’ai entendu les réponses de vos ministres, au-delà du couvre-feu instauré dans certains
quartiers, autant que les promesses de discrimination positive, d’ailleurs mises en oeuvre
depuis longtemps.
Le fils d’ouvrier que je suis, issu d’un milieu modeste, ne peut dès lors réprimer une sourde
colère !
Ainsi donc, un jeune de banlieue pourra intégrer un Institut de Sciences Politiques ou
bénéficier d’un parrain issu d’une grande école pour lui permettre d’avoir le baccalauréat et
réussir son cursus. Que n’ai-je pu bénéficier d’une telle aide, moi dont les parents se
saignaient aux quatre veines pour que je puisse décrocher mon baccalauréat et qui ai raté de
quelques points le concours d’entrée de cet institut de Sciences Po en province ?
Ma vie en aurait été changée.
Ainsi donc un jeune de banlieue peut, dans la région parisienne, par le biais de l’armée ou du
service civil volontaire, passer le permis de conduire gratuitement. Que n’ai-je pu bénéficier
d’une telle aide, moi qui ai dû économiser sou après sou et beaucoup me priver pour pouvoir
me payer les cours d’auto-école ?
Ainsi donc, un jeune de banlieue pourra bénéficier d’un réseau d’associations subventionnées,
et d’équipements et de stades rénovés. Que n’ai-je pu, avec les jeunes de mon quartier
bénéficier de tels équipements ? Cela nous aurait évité de jouer derrière ce garage entre gravas
et gravillons ou le long de cette autoroute où subsistait le seul espace vert.
Ainsi donc 20 000 emplois liés à la fonction publique seront créés pour les jeunes de
banlieues. Que n’ai-je pu bénéficier d’une telle mesure ? Cela m’aurait évité de connaître les
aléas de l’ANPE et du chômage.
Ainsi donc, un jeune de banlieue pourra bénéficier des avantages des zones franches lorsqu’il
créera son entreprise et des exonérations qui vont avec. Que n’ai-je pu bénéficier de telles
aides, moi qui suis aujourd’hui en train de faire les chèques pour l’Urssaf et autres
organismes sociaux ?
Monsieur le Président de La République, dois-je en vouloir à mes parents de s’être
impliqués dans mon éducation et d’avoir joué leur rôle en m’apprenant ce qu’étaient La
Loi et L’Ordre ? Dois-je leur en vouloir de n’avoir jamais mendié quoique ce soit pour
nous venir en aide et de m’avoir inculqué le sens de l’effort et de la discipline ?
Monsieur le Président de La République, lorsque j’entends les mesures prises par votre
gouvernement, lorsque j’entends certains de vos Ministres évoquer la nécessaire
discrimination positive, je pense aux trois mots « Liberté, Egalité, Fraternité » que l’on croise
de moins en moins sur les frontons des mairies.
La Liberté n’est désormais plus la même pour tous puisque certains peuvent mettre les
quartiers à feu et à sang (je pense aux deux morts victimes d’agressions), tandis que d’autres
sont des délinquants simplement parce qu’ils téléphonent dans leur voiture où qu’ils ont le
malheur de revendiquer leur identité de Français.
L’égalité n’est plus puisque désormais, à la lueur de mon existence, je sais qu’il y a des
jeunes plus « égaux » que moi dans La République.
Quant à la fraternité, la société marchande l’a mise en pièce pour instaurer l’individualisme
consumériste et la seule subsistance de cette valeur est celles des « bandes » dans les
quartiers.
Monsieur le Président,
Je m’accuse, en me regardant dans la glace, de supporter tout cela et je m’accuse presque de
respecter La Loi lorsque je vois que dans certains quartiers, le crime a payé.
Mais j’accuse surtout une classe politicienne de gauche comme de droite, de me faire me
sentir de plus en plus exclu, étranger, discriminé et même victime d’un certain racisme au
coeur de ma propre région, au coeur de mon propre pays.
Et vous, Monsieur le Président, de quoi vous accusez-vous…?
!!!
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